Sur la planète Mars

6. juil., 2012

Une chanson lui trotta dans la tête : La beauté marche avec ele, comme la nuit... le ciel virait à l'orange cuivré parfois. Chris vit le serpent d'une hauteur impressionnante. Une tornade approchait poussée par un vent de 100 km/h. La poussière se mit à tourbilloner et obstruait de plus en plus le paysage caillouteux. Décidemment sortir des souterrains n'était pas chose aisée. Mais Chris rechignait à rester enfermé dans un espace de travail confiné. Une expédition au pôle sud sur terre l'avait préparé à ce sentiment d'isolement et de restriction. Pourtant, il préférait braver le froid et la  demi obscurité de la surface pour retrouver un semblant d'apaisement ou d'activité plus normale, plus libre. La névrose martienne provoquait des troubles parmi les membres de la petite colonie expéditionnaire. La joie de vivre des équipages s'ammenuisait au fur et à mesure de l'accroissement des tâches et de la complexité de la mission. Les expériences de terra-formation de Mars échouaient souvent. et les inconvénients dans ces conditions avaient été sous-estimés. L'enthousiasme du début laissait la place à un ressentiment d'abandon qui s'ajoutait aux manques. Manque d'eau, manque d'aliments frais provenant des serres, manque d'espace dans des tunnels qui n'avaient été construits que pour se protéges des radiations. Sous la surface, Mars n'était que béton. De longs couloirs gris construits sur le modèle des abris anti-atomiques de la guerre froide. Depuis  la production d'eau par trop coûteuse avait été réduite au strict nécessaire. C'était comme vivre en plein Sahel et cela n'arrangeait pas l'humeur des équipages. Il avait bien été prévu d'amener l'eau du pôle nord de Mars avec un pipe-line. Mais séparer la glace d'eau et la glace d'azote s'avérait un casse-tête. Et, de surcroît, des mouvements de terrain endommageaient le pipe-line. Et, tout était à recommencer aprés chaque saison martienne. Sa montre émit un bip. Le temps autorisé à l'extérieur était terminé. L'exposition aux rayons cosmiques était insidieuse pour l'organisme humain. Pas d'atmosphère protectrice ici. Et, il ne devait pas s'attarder. Chris prit une photo de la tornade et se dirigea vers l'ouverture du souterrain. Cette fois, il dégonfla légèrement sa combinaison pour se glisser dans le souterrain plus facilement.

 

6. juil., 2012

Chris réussit à s'extraire du souterrain, pour accéder à une sorte de promontoire, en deçà duquel, un  paysage martien se découvrait à 360°. Un ancien cratère où se cotoyaient une grande variété de roches. Le ciel était uniformément orangé. Le soleil n'apparaissait pas quand  une brume poussièreuse filtrait la lumière et rendait ses rayons imprécis. Chris baignait dans une ambiance étrange, presque inquiétante. Il se mit à penser en bleu. Comme un blues de la Terre. Eloignée de soixante millions de kilomètres, pensa t-il. Il était aussi étrange d'appartenir à deux mondes aussi différents. Sa vision s'adaptait à voir dans l'orange. Mais il pensait en bleu. Le bleu du ciel. le bleu plus profond des mers où il s'était baigné, même le bleu intense des peinture de Klein et celui des vitraux de la cathédrale de Chartres remontaient à sa mémoire, recréant le paysage. Les hommes ne pourront pas faire autrement que de transformer Mars en une nouvelle Terre, se dit-il. Ici, il n'y a pas de végétation, pas de repères verticaux, pas de signes de vie. Un paysage horizontal, caillouteux, sans chemin. Une morne désolation, comme avait dit Aldrin de la Lune.